Diabète et vacances : délice ou supplice ?

Quand on vous dit « diabète et vacances », qu’elle est la première chose qui vous vient à l’esprit ?

Gaëlle est sujette au coma glycémique. La première fois qu’elle en a fait un, elle faisait du camping avec son mari dans le sud de la France. Un matin Gaëlle ne s’est pas réveillée. Son mari, voyant bien que quelque chose clochait, a directement appelé les pompiers pour l’emmener aux urgences. Après le réveil de Gaëlle, pour sortir de l’hôpital, une surprise attend Gaëlle : « il était mignon, il avait pris plein de vêtements, plein d’affaires, mais il avait oublié mes chaussures… ». Elle a dû sortir avec les couvre-chaussures en tissu utilisés à l’hôpital, et « c’était le seul jour où il a plu au mois d’août », dit-elle avec humour.

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 « Au début on essaie de faire attention, et puis la tentation devient plus forte »

Du côté de Bruno, lors d’un voyage en bateau en Grèce, la glace destinée à conserver l’insuline avait fondu, il avait alors douté de la qualité du produit qui avait probablement pris un coup de chaud. Cet été, Bruno va s’équiper d’une pochette isotherme pour stocker ses stylos d’injection d’insuline pour ne plus revivre la même chose !

Adepte de randonnées de 5 à 6 heures à 60 ans, Bruno ne se sent pas limité. Cela dit, l’alimentation est souvent un obstacle de taille. En voyage, il est parfois compliqué de cuisiner pour manger équilibré. Du coup, les restaurants sont souvent de mise « au début on essaie de faire attention, et puis la tentation devient plus forte de prendre quelque chose en plus, de plus riche, de plus sucré. On rentre du coup dans un cycle où on mange de plus en plus et là, on maîtrise plus du tout la glycémie ». Au retour des vacances, il avait une hémoglobine glyquée élevée, il s’est forcé à être très rigoureux pour rééquilibrer sa glycémie, cela peut mettre un certain temps, précise-t-il.

« Pour l’instant, le diabète ne m’a pas gâché mes vacances »

Lorsqu’on est « en montagne ou dans la nature, c’est une autre histoire ». Bruno part ce printemps en parcours itinérant en Irlande, il a donc fabriqué un petit meuble à l’arrière de sa voiture afin d’y installer un réchaud à gaz. Lui et ses amis achèteront de la nourriture fraîche au fur et à mesure. Il espère ne pas rencontrer d’imprévu par rapport au diabète mais heureusement « pour l’instant, le diabète ne m’a jamais gâché mes vacances ».

Pour Bruno, il « suffit d’avoir le nécessaire dans son sac à dos : du sucre, des barres de céréales, des fruits, sans trimbaler pour autant toute la pharmacie, sinon c’est plus des vacances ». En tout cas, Bruno se dit raisonnable. « Par contre, je ne sais pas si je partirais seul, il faut prendre quelques précautions, qu’il y ait quelqu’un qui puisse vous aider en cas de problème ».

« Je n’ai jamais eu de problèmes en vacances ! »

Pour Anne-Cécile, son mot d’ordre, c’est « l’organisation vis-à-vis du matériel ». Adeptes également de voyages, elle s’était parfaitement préparée au départ, entre les doubles ordonnances et autres démarches médicales, récolter les renseignements sur internet et dans le magazine « Equilibre », elle était fin prête ! « Je n’ai jamais eu de problèmes en vacances ! », sa préoccupation principale, c’est de conserver l’insuline au mieux. Elle a tout de même rencontré des situations pour le moins agaçantes. A l’aéroport, les agents de sécurité ont posé des questions au moment du passage des bagages au rayon X. Anne-Cécile les avait prévenu qu’elle était diabétique et donc qu’elle transportait des doses d’insuline. Mais au dernier moment, un agent de la sécurité a redemandé au pilote si Anne-Cécile avait l’autorisation de monter dans l’avion. Heureusement, cette étape ne lui a pas fait perdre trop de temps.

« Est-ce que mes aiguilles vont poser un problème ? »

Pour Amélie, « vacances et diabète » lui font penser à « incompatible ». Car pour partir il faut du matériel, il faut se justifier quand on prend l’avion. Elle se dit à chaque fois, « Est-ce que mes aiguilles vont poser un problème ? ». C’est pourquoi pour elle, partir en vacances, ce n’est plus comme avant,  « fini l’insouciance ; en plus avec le contexte géopolitique, on va se demander ce que je trimbale… Pour moi, être un jeune diabétique aujourd’hui, dans cet environnement tendu, c’est beaucoup plus dur qu’avant ».

Lorsqu’Amélie était allée voir sa famille, elle avait découvert que les doses de sucres peuvent varier du tout au tout selon les régions. C’est en buvant une canette dite « light » qu’Amélie a découvert qu’en fait elle n’était pas « light » du tout. Malheureusement, elle s’en est rendu compte après l’avoir bu. Elle explique que son lecteur n’arrivait même pas à calculer sa glycémie tellement elle était haute. Elle décide alors de tester le liquide du soda directement sur le lecteur.

« Tu es en vacances, mange ce que tu as envie de manger et tu vérifies après »

Ce qui a vraiment « libéré » Amélie, c’est quand son diabétologue lui a dit « tu es en vacances, mange ce que tu as envie de manger et tu vérifies 2 heures plus tard, après tu t’adaptes ». Amélie pense qu’il faut vraiment se libérer face à la maladie et ne plus être focalisé dessus tout le temps, « on est en vacances, on est pas totalement insouciant mais il faut l’être quand même un peu ».

« Il faut être en sécurité mais pas esclave du diabète »

Chrystèle

Pour Chrystèle, ce n’est pas le diabète qui doit contrôler notre vie mais à nous de le contrôler. « Il faut être en sécurité mais pas esclave du diabète ».

C’est lors du passage à la douane dans un aéroport que Chrystèle a vécu un moment assez désagréable. Même problème qu’Anne-Cécile : alors que ses bagages passent au rayon X, une des agentes de la sécurité s’exclame haut et fort « Oh mon dieu, elle a du liquide et des aiguilles ! ». Chrystèle poursuit ainsi son histoire : « un supérieur est arrivé. Il a dit à l’agent : écoutez, vous venez de faire honte à quelqu’un qui est porteur de maladie grave. Elle a les justificatifs, l’ordonnance, que pouvons-nous lui demander de plus ? C’est là que je me suis dit : pour que cette maladie se banalise, il faut que nous diabétiques, nous acceptions d’en parler ».

« C’est aussi à nous, diabétiques, d’éduquer les autres, car eux, ils ne connaissent pas la maladie »

A l’inverse, quand elle atterrit, le douanier lui dit : « Merci madame, vous pouvez passer ». C’est là que Chrystèle tombe des nues, elle se rappelle lui dire « j’ai de l’insuline sur moi ! Vous ne me contrôlez pas ? », raconte-t-elle en riant. Avec cette expérience, elle se dit qu’il faut « faire preuve de bienveillance envers ceux qui nous entourent, et puis c’est aussi à nous, diabétiques, d’éduquer les autres, car eux, ils ne connaissent pas la maladie ».

 

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